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Pourquoi on ne parle pas que des “enfants les plus vulnérables” (et ce qu’on dit à la place)

Si vous avez déjà lu une communication de Défi Enfance, vous avez peut-être remarqué quelque chose. On dit rarement “les enfants les plus vulnérables”. On n’utilise pas les formules habituelles du secteur caritatif.

Ce n’est pas un oubli. C’est un choix. Et il mérite d’être expliqué.

Le problème avec “les enfants les plus vulnérables”

Cette expression est partout. Dans les appels aux dons, dans les rapports institutionnels, dans les communiqués de presse. Elle est bien intentionnée. Elle est souvent vraie. Mais elle pose un problème de fond.

En parlant “des enfants les plus vulnérables”, on sous-entend que la question de l’enfance ne concerne qu’une catégorie précise d’enfants, une minorité identifiable, séparable du reste. Ceux qui sont “en danger”, “à risque”, “fragilisés”. Et par extension, on sous-entend que les autres enfants, ceux qui n’entrent pas dans cette catégorie, ne sont pas concernés par le débat.

Ce découpage est faux. Il est aussi contre-productif.

Quand on réduit l’enfance à ses situations extrêmes, on crée une distance psychologique chez le lecteur. La cause devient l’affaire de spécialistes, de travailleurs sociaux, de juges pour enfants. Pas la sienne. Pas celle du dirigeant d’entreprise, du citoyen ordinaire, du parent qui gère ses horaires sans penser à l’impact sur ses enfants.

On délègue. Et la délégation, c’est exactement ce que Défi Enfance refuse.

Ce qu’on entend par “protéger l’enfance”

Défi Enfance parle de protection de l’enfance. Sans détour. Mais dans un sens beaucoup plus large que la seule définition institutionnelle.

Oui, cela inclut les enfants placés, les enfants accompagnés par l’Aide Sociale à l’Enfance, ceux qui vivent des situations de maltraitance, d’abandon, de violence familiale. C’est une réalité que le mouvement ne minimise pas et qu’il met en lumière sans euphémisme.

Mais cela inclut aussi les dangers qui guettent tous les enfants, quel que soit leur milieu : les réseaux sociaux et leur violence, la pornographie accessible dès le plus jeune âge, l’addiction aux écrans, le cyberharcèlement, la pression des pairs. Des menaces qui ne connaissent pas de frontières sociales et qui concernent, directement ou indirectement, chaque parent, chaque enseignant, chaque adulte.

Protéger l’enfance, pour nous, c’est embrasser toute cette réalité. Ce n’est pas choisir l’angle le moins dérangeant, réduire la cause à ses seules situations extrêmes visibles. C’est porter la conviction que chaque enfant, dans chaque famille, mérite une attention collective soutenue.

Notre cadre : toute l’enfance, pas QU’une catégorie

C’est pour ça que l’expression “les enfants les plus vulnérables” nous pose problème. Non pas parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle sous-entend que le reste de l’enfance va bien, et ne nécessite pas d’attention particulière.

Ce n’est pas notre conviction. Un enfant harcelé sur son téléphone à 13 ans dans une famille aisée est en danger. Un enfant qui grandit sans jamais voir son père parce que son entreprise ne laisse aucune place à la vie familiale est en danger. Un enfant saturé de contenus violents sans aucun adulte pour en parler avec lui est en danger.

La protection de l’enfance commence bien avant le placement. Et elle concerne bien plus de monde qu’on ne le croit. C’est précisément pour ça que Défi Enfance s’adresse à tout le monde : entreprises, écoles, associations, citoyens. Pas seulement à ceux qui travaillent dans le secteur social.

Parce que mobiliser la société civile, ça ne marche que si chacun se sent concerné. Pas seulement ceux qui ont une histoire personnelle avec la maltraitance ou le placement.

Pourquoi ça compte vraiment

Le langage construit la réalité. Les mots qu’on choisit pour parler d’une cause définissent qui se sent concerné, qui se sent légitime à agir, qui passe à l’action ou non.

Si on parle de l’enfance comme d’un problème à régler pour une minorité d’enfants en danger, on obtient des dons ponctuels et de la compassion passagère. Si on parle de l’enfance comme d’une responsabilité partagée, d’une cause qui concerne chaque adulte dans ses choix quotidiens, on obtient un mouvement.

C’est ça qu’on cherche à construire.

Et vous, comment parlez-vous de l’enfance autour de vous ? Si cet article vous a donné envie d’en savoir plus sur notre positionnement et notre vision, lisez notre manifeste. Et si vous voulez rejoindre le mouvement, c’est par ici.

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