On entend souvent parler de l’enfance en danger. Rarement avec des chiffres précis. Rarement avec la mesure exacte de ce que représente, en France aujourd’hui, le secteur de la protection de l’enfance : combien d’enfants, combien de familles, combien d’argent public, combien de professionnels mobilisés.
Ces chiffres existent. Ils sont publics. Et ils méritent d’être connus.
Ni pour culpabiliser, ni pour désespérer. Pour comprendre l’ampleur d’un enjeu que la société civile doit s’approprier, et pour que chaque geste en faveur de l’enfance soit posé en connaissance de cause.
1. 400 000 enfants et jeunes majeurs suivis par l’Aide Sociale à l’Enfance
400 000. C’est le nombre d’enfants et de jeunes majeurs qui bénéficient aujourd’hui d’une mesure de l’Aide Sociale à l’Enfance en France. Accompagnement à domicile, placement en famille d’accueil, accueil en foyer : des situations très différentes, mais toutes liées à une réalité commune. Ces enfants ont besoin d’un soutien que leur environnement familial ne peut pas, ou plus, leur apporter.
400 000, c’est à peu près la population de Lyon. On parle d’une ville entière d’enfants et de jeunes suivis par les services de protection de l’enfance.
2. Plus de 220 000 enfants vivent un placement hors de leur famille
Parmi les 400 000 enfants suivis par l’ASE, plus de 220 000 vivent un placement hors de leur famille, en famille d’accueil ou en établissement comme un foyer ou une maison d’enfants à caractère social. Ce chiffre a augmenté de 18% en cinq ans, selon les données du Sénat.
18% en cinq ans. Une progression qui interroge : davantage de situations détectées et traitées, ce qui est une bonne nouvelle. Mais aussi des familles de plus en plus fragilisées, des ruptures de plus en plus fréquentes, un secteur sous tension croissante.
Chaque placement, c’est un enfant arraché à son environnement familial, avec tout ce que cela implique de traumatismes à traiter, de repères à reconstruire, de professionnels à mobiliser pour que cet enfant puisse grandir dans les meilleures conditions possibles.
3. 6,2 milliards d’euros : ce que coûte la protection de l’enfance aux départements
6,2 milliards d’euros. C’est ce que les départements français consacrent chaque année aux seuls placements d’enfants. Le premier poste budgétaire de l’aide sociale dans de nombreux départements, devant le handicap et la dépendance.
Ce chiffre dit deux choses en même temps. D’abord, que la protection de l’enfance est bien un enjeu colossal, pas un sujet de niche. Ensuite, que la quasi-totalité de cet effort financier va au traitement des situations, pas à leur prévention.
Agir en amont, soutenir les familles avant la rupture, renforcer le tissu associatif qui accompagne les enfants au quotidien : c’est là que chaque euro investi par les acteurs privés (entreprises, associations, citoyens) a le plus grand effet de levier.
4. 421,6 millions d’euros par an : la part de l’État
En complément des budgets départementaux, l’État investit 421,6 millions d’euros par an pour soutenir les politiques de protection de l’enfance. Formation des professionnels, financement de dispositifs nationaux, soutien aux associations : une contribution significative, mais qui reste minoritaire face aux 6,2 milliards portés par les collectivités locales.
La protection de l’enfance en France repose massivement sur les départements. Ce qui signifie que selon l’endroit où un enfant grandit, les ressources disponibles pour l’accompagner peuvent varier du simple au double. Une réalité d’inégalités territoriales que le secteur associatif tente de compenser, avec les moyens du bord.
Ce que ces chiffres changent à votre engagement
Ces quatre chiffres ne sont pas des statistiques froides. Ce sont des réalités humaines. 400 000 enfants, 220 000 placements, 6,2 milliards dépensés chaque année : autant de signaux qui disent que la protection de l’enfance est un enjeu de société majeur, et non une cause périphérique.
Et qu’on ne peut pas laisser ce sujet aux seuls professionnels et aux seules institutions.
Défi Enfance existe pour que la société civile s’en empare. Découvrez comment participer, que vous soyez particulier, entreprise ou association. Ou faites un don directement pour soutenir les projets portés par le mouvement.
Ces enfants ne peuvent pas attendre qu’on ait fini de regarder les chiffres.
