ASE, CRIP, juge des enfants, PJJ, MECS, 119… Dès que l’on s’intéresse à la protection de l’enfance, on se retrouve vite face à une avalanche de sigles. Et une question revient toujours : concrètement, qui fait quoi, et que se passe-t-il quand on s’inquiète pour un enfant ?
Bonne nouvelle : le système est bien plus lisible qu’il n’y paraît. Nous vous proposons de le parcourir ensemble, simplement, depuis la première inquiétude jusqu’à l’accompagnement de l’enfant.
En bref : ce qu’il faut retenir
- Le département est le chef de file de la protection de l’enfance, via son service d’Aide sociale à l’enfance (ASE).
- Le juge des enfants est le seul à pouvoir imposer un placement lorsque les parents ne sont pas d’accord.
- Les associations accompagnent au quotidien une grande partie des enfants suivis (foyers, MECS, suivi à domicile).
- L’école et les soignants repèrent et alertent, mais ne décident pas.
- Le 119 écoute, conseille et transmet les situations au département, 24 h/24, gratuitement.
- Chaque citoyen peut alerter : un doute suffit, aucune preuve n’est exigée.
La chaîne de protection en un coup d’œil
- L’inquiétude : un voisin, un enseignant, un médecin, un proche ou l’enfant lui-même s’inquiète.
- L’alerte : appel au 119, contact avec la cellule départementale (CRIP), ou saisine directe du procureur si le danger est grave.
- L’évaluation : des professionnels du département évaluent la situation de l’enfant et de sa famille.
- La décision : une aide proposée par l’ASE avec l’accord des parents, ou une mesure ordonnée par le juge des enfants.
- L’accompagnement : suivi éducatif à domicile, accueil chez un proche, en famille d’accueil ou en établissement.
Qu’est-ce que la protection de l’enfance ?
La protection de l’enfance, c’est l’ensemble des actions destinées à garantir qu’un enfant grandisse en sécurité et que ses besoins fondamentaux (physiques, affectifs, éducatifs, de santé) soient respectés. Elle ne se limite pas aux situations de maltraitance : elle commence par la prévention et le soutien aux parents, bien avant qu’une situation ne se dégrade.
Elle concerne les mineurs, mais aussi certains jeunes majeurs jusqu’à 21 ans. Fin 2024, 392 600 mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient d’une mesure d’Aide sociale à l’enfance, et un peu plus de la moitié des mesures (52 %) correspondaient à un accueil hors du domicile familial (ONPE). Autrement dit : presque un enfant suivi sur deux l’est chez lui, avec sa famille. Pour aller plus loin, retrouvez nos 4 chiffres à connaître sur la protection de l’enfance en France.
Le département et l’ASE : le chef d’orchestre
Depuis la loi du 5 mars 2007, c’est le conseil départemental qui pilote la protection de l’enfance sur son territoire. Il agit principalement à travers trois services :
- L’ASE (Aide sociale à l’enfance) : elle soutient les familles en difficulté (aides éducatives ou financières, suivi à domicile), accueille les enfants qui ne peuvent pas rester chez eux, met en œuvre les décisions du juge et accompagne les pupilles de l’État ainsi que certains jeunes majeurs.
- La CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes) : c’est la porte d’entrée de toutes les alertes dans le département. Elle centralise les informations, fait évaluer la situation et oriente vers la bonne réponse.
- La PMI (Protection maternelle et infantile) : elle agit en prévention auprès des futurs parents et des tout-petits.
À savoir : l’ASE ne retire pas un enfant à ses parents de sa propre initiative. Sans l’accord des parents, seul un juge peut décider d’un placement.
La justice : qui décide d’un placement d’enfant ?
Lorsque la situation est grave, ou que la famille refuse l’aide proposée, la justice prend le relais.
- Le procureur de la République reçoit les signalements. En cas d’urgence, il peut ordonner un placement provisoire immédiat, puis doit saisir le juge des enfants dans les huit jours.
- Le juge des enfants intervient lorsque la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur sont en danger, ou que les conditions de son éducation et de son développement sont gravement compromises (article 375 du Code civil). Il peut ordonner un suivi éducatif à domicile (AEMO) ou confier l’enfant à l’ASE, à un proche ou à un établissement. Il cherche toujours à obtenir l’adhésion de la famille, et ses mesures sont limitées dans le temps (deux ans maximum, renouvelables).
- Le tiers digne de confiance : un grand-parent, une tante, un ami de la famille… Depuis la loi du 7 février 2022, le juge doit examiner en priorité la possibilité de confier l’enfant à un proche avant d’envisager un placement ailleurs.
En 2024, les juges ont été saisis pour 123 300 mineurs en danger (ONPE).
ASE ou PJJ : quelle différence ?
On les confond souvent. L’ASE dépend du département et protège les enfants en danger. La PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) dépend du ministère de la Justice : elle suit surtout les mineurs auteurs d’infractions (38 700 fin 2024 selon l’ONPE) et réalise aussi des enquêtes éducatives pour aider le juge à décider.
Les associations : au cœur du quotidien des enfants
C’est souvent la partie la moins visible, et pourtant l’une des plus essentielles. De nombreuses associations, habilitées et financées par le département, accompagnent les enfants au jour le jour :
- Les MECS (Maisons d’enfants à caractère social) : des lieux de vie collectifs où des équipes éducatives accueillent des enfants et adolescents confiés à l’ASE.
- Les services de suivi à domicile, qui interviennent dans les familles pour les aider à surmonter leurs difficultés.
- Les lieux de vie et d’accueil, de petites structures à taille familiale.
- Les associations de prévention, de parrainage ou de soutien à la parentalité, qui agissent en amont.
À leurs côtés, les assistants familiaux (ce que l’on appelle couramment les « familles d’accueil ») sont des professionnels agréés, salariés du département ou d’une association, qui accueillent des enfants chez eux.
C’est précisément ce tissu associatif que Défi Enfance a choisi de soutenir : les fonds collectés lors de nos courses solidaires financent des projets concrets portés par ces acteurs de terrain.
École, médecins, crèches : les sentinelles
Enseignants, infirmiers scolaires, médecins, professionnels de la petite enfance, animateurs… Ils voient les enfants chaque jour et sont souvent les premiers à remarquer qu’un enfant ne va pas bien.
Leur rôle : repérer et alerter. Ils transmettent une information préoccupante à la CRIP, ou un signalement directement au procureur en cas de danger grave. Les médecins peuvent le faire sans violer le secret médical, la loi le prévoit expressément (article 226-14 du Code pénal). En revanche, ils ne décident d’aucune mesure : l’évaluation et la décision reviennent au département et au juge.
Où intervient le 119 ?
Le 119 « Allô Enfance en danger » est le numéro national dédié à l’enfance en danger. Il est gratuit, joignable 24 h/24 et 7 j/7, et accessible aussi par tchat (pour les moins de 21 ans), par formulaire en ligne et aux personnes sourdes ou malentendantes.
Son rôle est double : écouter et conseiller (enfants, parents, proches, voisins, professionnels), puis, si la situation le justifie, transmettre une information préoccupante à la CRIP du département concerné. En 2024, le 119 a traité 40 709 sollicitations et transmis 24 322 informations préoccupantes aux départements. Au total, 49 363 enfants ont été évoqués, soit 13 % de plus qu’en 2023 (119, données 2024).
Important : le 119 n’envoie pas d’intervenant sur place. Si un enfant est en danger immédiat, appelez le 17 (police, gendarmerie) ou le 112.

Que pouvez-vous faire si vous vous inquiétez pour un enfant ?
- Danger immédiat ? Appelez le 17 ou le 112.
- Un doute, une inquiétude ? Appelez le 119 ou contactez la CRIP de votre département (par exemple en Maine-et-Loire ou en Loire-Atlantique).
- Décrivez ce que vous avez vu ou entendu, sans interpréter. Vous n’avez pas besoin de preuves : l’évaluation est le travail des professionnels.
- Ne menez pas l’enquête vous-même et évitez de confronter la famille, pour ne pas mettre l’enfant en difficulté.
Et au-delà de l’alerte, vous pouvez agir en soutien : devenir bénévole ou parrain, vous renseigner sur le métier d’assistant familial, soutenir une association… ou courir avec nous lors d’un prochain Défi Enfance.
Récapitulatif : qui fait quoi ?
| Acteur | Son rôle | Peut-il décider d’un placement ? |
|---|---|---|
| Département / ASE | Pilote, prévient, accompagne, accueille | Oui, uniquement avec l’accord des parents |
| CRIP | Recueille et fait évaluer les alertes | Non |
| Procureur | Reçoit les signalements, agit en urgence | Oui, à titre provisoire en urgence |
| Juge des enfants | Ordonne les mesures d’assistance éducative | Oui |
| PJJ | Suit les mineurs auteurs d’infractions, enquêtes éducatives | Non |
| Associations, MECS | Accompagnent et accueillent au quotidien | Non |
| École, soignants | Repèrent et alertent | Non |
| 119 | Écoute, conseille, transmet à la CRIP | Non |
| Citoyen | Alerte, soutient | Non |
Questions fréquentes
L’ASE, c’est quoi ?
L’Aide sociale à l’enfance est un service du conseil départemental. Elle soutient les familles en difficulté et prend en charge les enfants qui ne peuvent pas, temporairement ou durablement, rester chez leurs parents.
Qui décide du placement d’un enfant ?
Le juge des enfants, dans la grande majorité des cas. L’ASE peut aussi accueillir un enfant à la demande ou avec l’accord de ses parents. En urgence, le procureur peut ordonner un placement provisoire.
Quelle différence entre information préoccupante et signalement ?
L’information préoccupante est transmise à la CRIP du département pour évaluation. Le signalement est adressé directement au procureur de la République, lorsque le danger est grave ou que la situation ne peut pas être évaluée.
Peut-on appeler le 119 de manière anonyme ?
Oui. L’appel est gratuit et vous pouvez choisir de ne pas donner votre identité. Donner vos coordonnées peut toutefois aider les professionnels à mieux évaluer la situation.
Qu’est-ce qu’un tiers digne de confiance ?
C’est une personne de l’entourage de l’enfant (grand-parent, oncle, ami de la famille…) à qui le juge confie l’enfant plutôt que de le placer en famille d’accueil ou en établissement.
Protéger l’enfance, c’est l’affaire de tous
La protection de l’enfance n’est pas un monde fermé réservé aux spécialistes. C’est une chaîne, et chaque maillon compte : le voisin qui ose appeler, l’enseignante qui remarque, l’éducateur qui accompagne, le juge qui tranche, l’association qui accueille.
Vous aussi, vous pouvez en faire partie. Découvrez comment participer au prochain Défi Enfance ou soutenir les projets du mouvement : chaque foulée, chaque don aide les acteurs de terrain à mieux protéger les enfants.
Sources
- ONPE, France Enfance Protégée : la protection des enfants en danger, chiffres nationaux
- 119 Allô Enfance en danger : données chiffrées 2024
- Légifrance : Code civil, articles 375 à 375-9 (assistance éducative)
- DREES : l’aide sociale à l’enfance, données 2024
- info.gouv.fr : enfance en danger, en cas de doute contactez le 119
